Revue 004 -2020

Revue Nr. 004 Decembre 2020 «Carrefours Scientifiques»

Editorial: L’Afrique, entre la solidarité communautaire et le conflit interethnique !,
Jean-Roger SYAYIPUMA KAMBERE, 2020 (pp. 7-12)

L’Afrique est connue pour certaines valeurs cardinales de la vie communautaire qui ont marqué son histoire. A ce propos, la solidarité et l’entraide peuvent être mises en exergue. En effet, la communauté (ethnie, clan, famille élargie …) est non seulement un fait social africain mais surtout une réalité vécue dans les représentations mentales. Beaucoup d’auteurs ont essayé de comprendre positivement le fait communautaire en Afrique. Il est possible d’épingler deux grandes théories sociales, en tant que résultats des études effectuées : le communautarisme africain (ce qui conduit à la formation d’une identité culturelle qui s’identifie à un « nous » en tant que bloc pouvant faire face à un autre bloc sans possibilité d’une coexistence pacifique. On entend souvent dire « chez nous ! », contrairement à « chez vous ! ». Ces deux expressions sont empreintes de fortes doses de préjugés : « chez nous ! C’est mieux ! », tandis que « chez vous ! C’est pire ! ».

La seconde théorie sociale, qui résulte des études effectuées sur la notion de communauté en Afrique, rassemble une série d’auteurs qui préfère éviter les « ismes » du communautarisme africain, en empruntant aux langues africaines les concepts qui leur semblent appropriés : c’est le cas 1 2 de la « bisoïté » , celui de la « bisobansoïté » et du « ngaïsme » que l’auteur du premier article (BALOKI WATA Olivier) essaye de discuter en vue d’échafauder une philosophie socialement africaine qui dépasse l’ethnicité et le tribalisme. En approfondissant le caractère communautaire de la société africaine, la plupart des Etats Africains ont opté pour mettre en place une politique d’Etat de droit, politique par laquelle, ils appellent à devenir des Etats sociaux. La République Démocratique du Congo n’est pas du reste, car sa constitution l’identifie comme un Etat Social. Encore faut-il que ce ne soit pas un simple qualificatif, en termes de théories politiques et juridiques, puisque le peuple devrait s’en rendre compte dans la vie sociale au sein de laquelle l’Etat Sociale devrait produire ses effets. C’est à ce questionnement que le deuxième article de ce numéro se consacre. L’auteur, LWANGA WASINGYA, estime que, une fois que l’Etat est investi comme Etat Sociale, il joue un rôle éminemment éthique à administrer un droit juste en harmonisant le niveau de vie sociale, par l’égalité de tous les citoyens devant la loi, en protégeant les minorités contre les risques majeurs de maladie, de retraite professionnelle ou de chômage. Ceci suppose la mise en place d’une structure complexe et efficace de sécurité sociale et d’assistance sociale, pour que l’éducation soit ouverte à tout le monde, que l’éducation civique et démocratique soit accessible à tout le monde, et que la politique fiscale puisse être en mesure de redistribuer à l’avantage de tous les citoyens le nécessaire à une vie décente. Il faut, pour cela et dans l’esprit de l’auteur, créer une communauté politique congolaise, en définissant le rôle de l’Etat à réguler le conflit social, dans une politique économique et sociale propice, pour assurer la protection sociale des plus vulnérables, pour garantir la solidarité sociale et la justice sociale. En dehors de cette perspective, l’Etat Congolais, qui se déclare Etat Social, dans sa constitution, ne pourra produire aucun effet sur la vie sociale de ses concitoyens.

C’est sans nul doute pour évaluer les effets de l’Etat Social Congolais sur les citoyens que l’auteure (KAHINDO MASINDA Zawadi) du troisième article de ce numéro a cherché à comprendre ce qui détermine le bien-être chez deux composantes enseignantes des institutions supérieures et universitaires, à savoir le corps académique, d’une part, et le corps scientifique, d’autre part. En prenant un modèle simple du bien-être, qui incorpore trois déterminants principaux, à savoir le sexe de l’individu, le grade de l’individu et le revenu de l’individu, l’auteure compare ce qui indique la probabilité du bonheur dans le corps académique et dans le corps scientifique, des villes de BUTEMBO et de BENI, en leur sein comme dans leurs environs. Les résultats auxquels l’auteure aboutit montrent que, quelle que soit l’appartenance au corps académique ou au corps scientifique, primo, l’individu du sexe masculin jouit d’un indice de bonheur légèrement plus favorable que l’individu du sexe féminin, secundo, l’individu d’un grade supérieur (corps académique) a la jouissance d’un indicateur plus favorable de bonheur que l’individu d’un grade inférieur (corps scientifique), tertio, l’individu qui bénéficie d’un revenu appréciable voit son indice de bonheur augmenter par rapport à l’individu qui a un revenu non appréciable.

En plus de reconnaître, dans l’article précédent, la valeur de la qualification des cadres universitaires comme facteur entrant dans l’évaluation du bonheur des individus, le quatrième article épingle une des réalités africaines qui tend à passer de l’artisanat à l’entrepreneuriat à savoir la fabrication des meubles. De plus en plus, les menuiseries se modernisent. Alors qu’elles appartenaient à l’artisanat traditionnel, par l’usage des outils rudimentaires, elles utilisent actuellement, dans la ville de BUTEMBO, des outils électriques et du matériel de plus en plus performant. Ces menuiseries font, à n’en pas douter le bonheur de leurs initiateurs.

Cependant, il y a lieu de se poser la question du coût de revient des meubles fabriqués dans les menuiseries semi-industrielles qui foisonnement dans la ville de BUTEMBO. C’est la question que se posent les deux auteurs (KAHINDO SIKULI Emmanuel, KASEREKA MUTONDOLWA Jophet) du quatrième article de ce numéro. Etant donné que la plupart de menuiseries bubolaises ont évolué de l’artisanat à l’état semi-industriel, les auteurs questionnent l’Atelier de Menuiserie BOIS MIROIR DE BUTEMBO, sur sa façon d’être gérée par ses responsables. Est-ce que cet atelier de menuiserie respecte l’étape fonctionnelle du calcul des coûts ? Comment fixe-t-il son chiffre d’affaires ? En cas d’insuffisance, proposer à cet atelier de menuiserie des stratégies nouvelles qui lui permettront d’être géré rationnellement et raisonnablement. Comme, on pourrait s’y attendre, l’atelier de menuiserie BOIS MIROIR DE BUTEMBO n’a pas une comptabilité qui respecte les normes de la gestion financière. Les deux auteurs ont pu aboutir à un constat malheureux de la gestion de cette menuiserie. Le patron se contente de déterminer le résultat trimestriel par la déduction des charges aux produits d’exploitation. Son chiffre d’affaires, de janvier à mars, est de 2 025 $, ses charges totales sont estimées à 1 754,45 $, et le résultat trimestriel obtenu est de 270, 55 $. Comme le patron n’arrive pas à atteindre le seuil requis dans une entreprise qui est 25% du chiffre d’affaires, cela conduit les deux auteurs à induire que la santé financière de cet atelier est mauvaise. Les deux auteurs suggèrent au patron de l’atelier d’adopter et de respecter les techniques de la CAGE lors de la détermination du résultat, ce qui préfigure l’apport que les cadres universitaires ont à donner aux micro-entreprises de la ville de BUTEMBO pour leur gestion rationnelle. Ce qui importe donc est de former ces responsables en matière de gestion financière, en dehors du fait qu’ils aient évolué de l’artisanat à la micro-industrie.

Si les menuiseries semi-industrielles courent le risque de mauvaise gestion par le fait qu’elles n’ont pas pu allier deux facteurs, à savoir, d’une part, leur évolution de l’artisanat à la micro-entreprise, et d’autre part, leur comptabilité rudimentaire à une gestion financière rationnelle, elles restent sujettes à des risques plus graves si elles ne sont pas assurées contre les incendies qui peuvent les réduire en cendres. Les incendies constituent actuellement un risque majeur de la société qui tire son énergie de l’électrification non seulement des entreprises mais aussi des ménages domestiques. L’urbanisation est un phénomène en forte progression dans la Province du Nord -Kivu. Alors qu’elle est parsemée de plusieurs cours d’eaux et de vastes étendues de lacs, la Province du Nord-Kivu reste électrifiée à un faible pourcentage. Il faut, néanmoins, remarquer que les quelques contrées qui utilisent l’énergie électrique, n’ont pas encore acquis la culture de la lutte contre les incendies d’origine électrique. Peu de ménages, peu de véhicules, peu d’entreprises ont un dispositif d’extincteurs, sinon peu de villes possèdent un service de pompiers.

L’auteur du cinquième article de ce numéro (MUNDAMA MATHE MUKANDIRWA Jérémie) a fait une étude sur les ravages des incendies en ville de GOMA. Il constate que les déterminants de la propagation rapide des flammes, dans quelques quartiers de la ville de GOMA, lui ont amené à un résultat inquiétant de 2016 à 2019 : le non-respect du prospect est le plus important facteur, en dehors des facteurs portant sur les matériaux de construction, la difficulté d’accès des sapeurs-pompiers (lorsque le service existe), la promiscuité, la saison sèche… En clair, les habitants de GOMA ne se soucient pas de la « distanciation minimale requise à observer entre les bâtiments non contigus ». Ces faveurs favorisent la propagation très rapide des flammes, de la source de l’incendie à plusieurs autres bâtiments, causant ainsi des ravages non seulement en biens, meubles, immeubles, mais malheureusement en dégâts humains. Est-ce à dire que la règlementation en matière d’urbanisme et habitat est défaillante en République Démocratique du Congo et particulièrement dans la Province du Nord-Kivu, se demande l’auteur ?

La réponse est évidente. La RDC et la Province du Nord-Kivu sont dotées d’un arsenal de lois en matière d’urbanisme et habitat qui protègent les personnes et leurs biens en matière d’incendie. Ces textes juridiques constituent un soubassement éloquent et irréfutable portant sur les mesures claires et précises quant à l’obligation de respecter le prospect lors de la construction des habitacles, prospect qui permettra d’évaluer les facteurs de risques et de lutte contre les incendies. En dehors de cette exigence du prospect, les usagers s’exposent à des risques qui concernent leur incapacité à lutter contre les incendies, les érosions, les tremblements de terre et d’autres calamités naturelles ou techniques qui peuvent survenir à l’endroit de leurs domiciles ou parcelles. Pour résoudre les problèmes liés à la propagation rapide des incendies en ville de GOMA, l’auteur estime que les habitants devraient suivre un train de mesures devant leur permettre de se munir efficacement contre les incendies, que les autorités respectent les mesures urbanistiques édictées par les textes de lois, pour les médias de vulgariser les lois en vigueur sur l’habitat et l’urbanisme et pour les chercheurs de poursuivre leurs travaux sur ce secteur qui touche à la vie des habitants des grandes métropoles.

L’article précédent a révélé un problème qui gangrène la société congolaise : la formation, l’information et la promotion de l’éducation. Depuis quelques décennies, la formation scolaire a baissé : les diplômés que les établissements d’enseignement supérieur et universitaire larguent sur le marché de l’emploi sont des « intellectuels ignares » étant donné qu’ils n’arrivent pas à satisfaire aux besoins sociaux pour lesquels ils ont été formés. Il y a lieu d’indexer les autorités politiques qui semblent revoir au rabais la formation de la jeunesse. Alors que la dispense était fixée à 7/10 (70 %) dans un cours, dans les années 1980, elle a été rabaissée à 6,5/10 (65 %) dans les années 1990, et pire, après la réforme des programmes des cours de 2006, certaines instructions ont souhaité remettre la dispense à simplement ème 5/10 (50 %). Qu’en sera-t-il dans la deuxième décennie du 21 siècle si le chiffre ne fait que descendre ?

L’article sixième vient nous rappeler la mission nationale de former la jeunesse. L’auteur (PEUPEU UCOKDOGU Janvier) estime que l’homme est une ressource indispensable à la société. Il est appelé à être formé convenablement, autrement dit formé pour le meilleur et l’élite. Toute organisation ou entreprise s’attend à recevoir (recruter) du personnel qualifié, non seulement compétent mais performant. Elle a aussi pour tâche de gérer humainement les ressources qu’elle possède à commencer par ses agents. En effet, en gérant efficacement les ressources humaines, l’entreprise assure son progrès. Beaucoup d’entreprises sont tombées en faillite puisqu’elles s’occupaient plus de la production, de la commercialisation que des agents qui y travaillaient. L’auteur conseille que le but ultime de la gestion d’une entreprise est d’obtenir l’exécution du travail en utilisant au mieux les capacités et les connaissances de chaque collaborateur et d’assurer son intégration au sein de l’entreprise. Il le montre dans la gestion des ressources humaines de la fonction publique de la commune de MAHAGI, dans la Province de l’Ituri. Investir dans les personnes plutôt que dans les entreprises, éduquer les personnes à leur gestion humaine plutôt qu’à la gestion des usines ou des espaces, telles sont les thématiques qui devraient préoccuper les citoyens. Travailler dans une même entreprise est une expérience qu’il faut bien gérer. Vivre dans le même quartier ou la même commune est une autre expérience qu’il faut bien gérer. Coexister sur un même espace, quand on appartient à deux ethniques différentes, est une expérience qui, si elle est mal gérée et administrée, risque d’allumer l’étincelle de la haine et conduire au conflit interethnique.

Le dernier article de ce numéro aborde cette terrible problématique de la coexistence conflictuelle des ethnies en Afrique et spécifiquement au RWANDA, entre le TUTSI et le HUTU. L’auteur (MUYAYALO VAYI- VATI Siméon), déterre les racines de la coexistence conflictuelle entre les deux ethnies susmentionnées, en indiquant que le conflit a été entretenu par une aristocratie féodale qui consacrait les inégalités entre les éleveurs (TUTSI) et les agriculteurs (HUTU) : les premiers ont les mains propres, s’habillent de façon riche, mangent de la viande, boivent du lait et sont, par leur taille élancée, beaux, tandis que les seconds ont des mains rugueux, portent des habits généralement sales, mangent pauvrement en attendant les maigres récoltes, ils sont chétifs, et par accoutumance à se courber vers le sol, sont de courte taille, dans leur laideur. Hormis l’aristocratie féodale qui a couvé ces stéréotypes, l’anthropologie coloniale raciste y a mis du sien en présentant le TUTSI comme supérieur, intelligent et ouvert à la culture moderne. Le HUTU était, par ce fait, laissé devenir un être inférieur, sinon un vaurien à exploiter. Cependant, après les indépendances, les choses ont commencé à changer. Les HUTU ont conquis le pouvoir politique au lendemain de l’indépendance du RWANDA : ils ont alors pris leur revanche sur les TUTSI, en les excluant des fonctions politiques, puisqu’ils estimaient avoir été longtemps dominés par eux. Ironie du sort, l’histoire des revanches s’est réitérée. A la mort du Président HABYARIMANA, les TUTSI ont pris, à leur tour, leur revanche sur les HUTU en exerçant le pouvoir politique ethnocentrique. C’est là l’étincelle qui a rallumé les conflits interethniques jusqu’à la lutte armée qui ème n’a pas encore dit son dernier mot en début du 21 siècle. L’auteur invite l’Afrique à redécouvrir la solidarité communautaire, l’entraide et l’entente à l’arbre à palabre. Si le RWANDA ne s’écarte pas des idéologies ethnocentriques et racistes en s’engageant dans la voie de la démocratisation effective, l’espace politique actuel n’atteindra pas l’ouverture et le partage de l’avoir, du savoir et du pouvoir au profit de toutes les composantes de la société Rwandaise. Ce rappel important à l’ouverture, au partage de l’avoir, du savoir et du pouvoir, auquel conduit ce numéro, rappel qu’il est possible d’adresser à la classe politique congolaise de cette fin de novembre 2020 qui, à travers consultations présidentielles, entretiens du président honoraire, pourparlers politiques, reconfiguration des instances gouvernementales, cocktail auquel il faut ajouter les pandémies de la maladie à virus EBOLO et du Corona Virus, insécurités, massacres des populations à l’Est, doit redécouvrir les valeurs d ’une Afrique solidaire, dans laquelle la diversité est une richesse et non un risque.

Prof. Dr. Jean-Roger Syayipuma,
Philosophe
Faculté de Psychologie et Sciences de l’Education
Rédacteur en chef


Article 1:

BALOKI WATA Olivier: Théorie du « Ngaïsme » aux prises avec la « Bisoïté » et la « Bisobansoïté », (pp. 13-28)

Résumé: Cette réflexion tente de clarifier les problèmes clés des théories de Bisoïté et de Bisobansoïté d’Ignace-Marcel Tshiamalenga Ntumba et d’Antoine Ngute. Tout en se laissant instruire et orienter par les promesses du Bisoïsme et du Bisobansoïsme, notre cogitation débouche au troisième stade qui est en principe le premier. Il s’agit de la théorie du « ngaîsme ». Puisque l’être devient, se dévoile, se découvre et se transforme grâce à sa rencontre avec l’autre. Cette rencontre lui permet de construire soit une collectivité isolée (bisoïsme), soit une collectivité inclusive (bisobansoïsme), soit encore un espace du soi-identitaire autonome. Dans cette lancée, le soi est pour les autres ; c’est-à-dire pour la collectivité exclusive et pour la collectivité inclusive. Bien que les êtres soient à la fois séparés et unis, je suis persuadé qu’ils sont d’abord séparés avant d’être unis. Et cette union n’absorbe pas l’être. Elle ne supprime pas non plus l’être. Elle éduque plutôt l’homme et ce dernier la construit. L’être est donc le constructeur par excellence de la société et celle-ci trace les chemins superbes de l’être. Sa nature sociable le pousse à entrer dans une sphère culturelle et/ou transculturelle. Malgré l’influence importante de la collectivité, l’être sauvegarde son modus operandi, son caractère et son essence propre. Le « je » conscient (c’est-à-dire ngaïsme restauré ou nouveau paradigme du social) est à la recon-quête de son histoire construite (jalons de la Bisoïté) et à la quête du destin individuel et de la destinée collective (ouverture à la Bisobansoïté). Le deuxième et le troisième élément de la triade objective doivent se transformer en caisse de résonnance, en espace libre de réflexion, en critique sociale du jugement. Dans ce sens, le bisoïsme n’est plus réseau sentimental ou émotionnel, mais plutôt un horizon évaluatif des théories et opinions subjectives. Le ngaïsme comme premier stade de la triade est le noyau ontologique des idées collectives ou de la collectivité, le régulateur de la société, le nivèlement subtil d’une collectivité progressiste et réaliste. Il est donc l’ethos ou l’intelligentsia de l’« entre-nous » et de l’ « entre-nous-tous ». Puisque la volonté commune est l’extériorisation des volontés individuelles. C’est d’abord l’estime de soi qui conduit à l’estime de l’autre le plus proche (intrigue de bisoïsme) et à l’inconnu (expression formelle de bisobansoïsme). C’est pourquoi, la triade ngaïsme-Bisoïsme-Bisobansoïsme traduit l’esprit qui gouverne le monde des êtres depuis la nuit des temps.

Abstract: This reflection attempts to clarify the key issues of the Bisoïté and Bisobansoïté theories of Ignace-Marcel Tshiamalenga Ntumba and Antoine Ngute. While letting ourselves be instructed and guided by the promises of Bisoism and Bisobansoism, our cogitation leads to the third stage which is in principle the first. This is the theory of « Ngaism ». Since being becomes, reveals itself, discovers itself and transforms itself thanks to its encounter with the other. This meeting allows him to build either an isolated community (bisoism), or an inclusive community (bisobansoism), or even a space of autonomous self-identity. In this momentum, the self is for others; that is, for the exclusive community and for the inclusive community. Although sentient beings are both separate and united, I am convinced that they are first separated before they are united. And this union does not absorb being. It doesn’t suppress being either. Rather, it educates man and man builds it. Being is therefore the constructor par excellence of society and society traces the superb paths of being. His sociable nature pushes him to enter a cultural and / or transcultural sphere. Despite the important influence of the community, being preserves its modus operandi, character and its own essence. The conscious “I” (that is to say restored ngaism or a new paradigm of the social) is in the recon-quest of its constructed history (milestones of Bisoïté) and in the quest of individual destiny and collective destiny (opening to Bisobansoïté). The second and third element of the objective triad must be transformed into a sounding board, a free space for reflection, a social critique of judgment. In this sense, bisoism is no longer a sentimental or emotional network, but rather an evaluative horizon of subjective theories and opinions. Ngaism as the first stage of the triad is the ontological core of collective or collective ideas, the regulator of society, the subtle leveling of a progressive and realistic collectivity. It is therefore the ethos or intelligentsia of the « between-us » and the « between-us-all ». Since the common will is the exteriorization of individual wills. It is first and foremost self-esteem that leads to the esteem of the closest other (intrigue of bisoism) and to the unknown (formal expression of bisobansoism). This is why the Ngaism Bisoism-Bisobansoism triad translates the spirit that has governed the world of beings since the dawn of time.

BALOKI WATA Olivier


Article 2:

Lwanga Wasingya: Peut-on parler d’Etat social en RDC ?,2020 (pp. 29-50)



Résumé: La constitution de la RDC qualifie notre Etat de social. Cette loi fondamentale traduit ainsi un projet de société dont les effets doivent se lire dans la vie sociale. L’Etat est investi d’un rôle éthique qui est plus exigent dans un Etat social : il doit administrer un droit juste et assurer le nivellement social (Norman Palma). Ceci n’est possible que s’il est d’abord un Etat de droit assurant l’égalité de tous devant la loi et un Etat de justice (Norman Palma), protégeant contre les risques majeurs (maladie, retraite et chômage) à travers l’assurance obligatoire et l’assistance sociale, assurant l’éducation nécessaire à la vie démocratique et ayant une politique fiscale redistributive frappant tous les citoyens d’après leurs capacités contributives. Peut-on dans ces conditions parler d’un Etat social en RDC ? Sinon il faut comprendre la nature problématique de l’homme capable de cruauté intra espèce et le processus politique réalisant l’accomplissement de l’égalité pour une communauté politique, comprendre la nécessité de la politique économique et sociale de l’Etat complétées par le socle national de protection sociale. Ces notions sont nécessaires au rétablissement de la solidarité sociale par l’établissement de l’impôt direct dans notre pays en développement.

Abstract: According to its constitution, DRC is qualified as a Welfare state. This fundamental law traduces a social project whose effects must be noticeable in daily social life. The ethic role of the state is most demanding in a welfare state : it is to administer a just law and equalize social conditions (Norman Palma). This is possible only in case of the rule of law ensuring equality before the law and in case of the rule of justice (Norman Palma), protecting against major risks (sickness, retirement and unemployment) through compulsory insurance and social assistance, ensuring education for democracy and provided with redistributive tax policy enlarged to all citizens. In this way, can we qualify DRC as a welfare state? If not, we have to understand first the problematic nature of the human being, especially his cruelty intra-species, secondly the politic process leading to equality accomplishment for a politic community, thirdly the necessity of a State economic and social policy completed with national social protection floor. Theses notions are necessary to restore social solidarity by establishment of direct tax in our developing country.